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janvier 20, 2010

> Intervention de David Salas Y Melia

janvier 20, 2010

Conférence-débat (01.12.09)

L’Europe face aux  menaces climatiques

Intervention de David Salas y Mélia

Climatologue à Météo-France,

Co-auteur du 4ème rapport du GIEC (2007)

Bien avant le sommet de Copenhague de décembre 2009, le sommet de Rio de 1992, a constitué une étape importante dans la lutte contre les émissions de gaz à effet de serre (GES) bien qu’à cette date, aucun objectif chiffré de réduction n’ait été fixé. Une deuxième étape a été franchie à Kyoto en 1997 avec l’engagement d’un ensemble de pays à réduire leurs émissions. Le protocole d’accord prévoyait qu’au moins 55 pays représentant 55 % des émissions de gaz à effet de serre ratifient le texte pour que celui-ci puisse effectivement entrer en vigueur. Si la première condition a pu être facilement remplie, il n’en fut pas de même de la seconde, certains Etats refusant de ratifier un accord jugé trop contraignant : tel était le cas de Etats-Unis et  de la Russie, cette dernière étant revenue ensuite sur sa décision. L’effondrement du bloc soviétique et de son économie a en effet mécaniquement conduit à une très forte diminution de ses émissions. Malgré cela, le double objectif de 55 pays signataires représentant une réduction de 55% des émissions a été atteint mais non celui de réduire les émissions de 5,2% entre 2008 et 2012 par rapport au niveau de 1990.

Autant en 1992, l’influence sur le climat des émissions de GES liées aux activités humaines n’était pas vérifiée, autant aujourd’hui, les preuves se sont accumulées  et le chiffrage des objectifs de réduction est maintenant bien établi.

Pourquoi réduire les émissions,  que nous enseignent les travaux du GIEC ?

Le GIEC, organisme intergouvernemental mis en place en 1988, émane de deux institutions rattachées à l’ONU, l’Organisation Météorologique Mondiale (OMM) et le Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE). Associant des scientifiques du monde entier, il produit régulièrement des rapports évaluant l’information scientifique et socio-économique sur le changement climatique mais propose également des solutions, soit pour s’adapter à ce changement, soit pour l’atténuer. Le GIEC produit des avis scientifiques, notamment en vue de fournir une base scientifique à la « Conférence des Parties » (COP) dont Copenhague est la 15ème, après notamment Rio, Kyoto, Bali, Poznan, etc.

Chaque rapport comporte trois parties qui portent respectivement sur les bases scientifiques du changement climatique, les propositions d’adaptation et celles d’atténuation ; ces rapports représentent des milliers de pages. Cela peut paraître beaucoup, mais les sujets abordés étant extrêmement nombreux, ils représentent en réalité une synthèse des connaissances acquises au sein de chacune des disciplines représentées.

A titre d’exemple, le 1er volet du 4ème rapport du groupe I (bases scientifiques) de 2007 réunit les contributions d’environ 600 auteurs qui ne travaillent donc pas en vase clos, d’autres scientifiques procédant d’ailleurs à une évaluation indépendante du texte.

Quelles sont les évolutions climatiques récentes ?

Quelles sont les émissions de gaz carbonique dans l’atmosphère depuis 10 000 ans en ppm (parties par million) ? Après une évolution relativement modeste, on assiste à une augmentation de 30 % de la concentration atmosphérique du gaz carbonique (CO2) depuis 100 ans (cf. graphique 1), en lien avec nos activités. En effet, l’extraction et la combustion du charbon et du pétrole conduisent à des rejets de gaz carbonique dans l’atmosphère qui en accepte à peu près la moitié, le reste étant capté par les océans, les sols et la végétation. Cependant cette captation ne suffit pas à maintenir le gaz à des niveaux raisonnables. Cette augmentation, connue depuis les années 50, a alerté les décideurs.

Les conséquences de cette augmentation sont nombreuses et, parmi elles, une hausse des températures de  0.75° depuis le début du XXème siècle, ce qui peut paraître faible mais a déjà des conséquences en terme de climat ; à titre d’exemple, un degré représente en moyenne la différence de température moyenne annuelle entre Toulouse et Nantes.

L’observation par satellite nous apporte des informations complémentaires (cf. graphique 2) par exemple sur l’élévation de la température de l’atmosphère et des océans. La surface de banquise est également évaluée ; au mois de septembre,  elle est passée de 9 millions de km2 de glace en Arctique au début des années 80 à 6-7 millions de km2 à la fin des années 2000. D’autres phénomènes comme les éruptions volcaniques ou le phénomène El Niño peuvent aussi affecter le climat mais le facteur principal en jeu dans l’évolution climatique que nous connaissons actuellement reste les émissions de CO2 humaines.

Quelles sont les projections de l’évolution du climat ?

Selon les modèles élaborés par les climatologues (cf graphique 3), nous passerions, dans un scénario optimiste, de 390 ppm de GES à 540 ppm à l’horizon 2100, ce qui correspond à une augmentation de la température moyenne du globe de 2°, ce qui serait déjà un objectif très difficile à tenir. Dans un scénario plus pessimiste d’utilisation sans mesure des ressources fossiles, ce chiffre pourrait atteindre 3 à 4°.

Les précipitations augmentent en moyenne sur l’ensemble de la planète, mais cela recouvre des situations contrastées : les régions tropicales seraient encore plus arrosées ainsi qu’une bonne partie du nord de l’Europe et de l’Amérique, avec pour corollaire une possible augmentation des inondations, voire de glissements de terrain dans certaines régions exposées. D’autres régions au contraire seraient exposées à une aridification : une bonne partie du bassin méditerranéen et l’Afrique subsaharienne notamment devraient voir leurs problèmes de ressources en eau s’aggraver.

Le niveau des océans s’est élevé entre 1993 et 2005  d’environ 3 mm par an, dont 2 mm de dilatation liée à la hausse des températures, le reste étant du à l’apport d’eau provenant de la fonte de glaciers des zones tempérées et tropicales, et des calottes du Groenland et de l’Antarctique.

Plusieurs scénarios se présentent ainsi à nous, l’un qui limite à 450 ppm le niveau de GES et un autre, plus pessimiste mais pas du tout improbable même en tenant compte de l’épuisement des ressources fossiles, qui le fixe à 800 ppm. Mais pour rester dans un scénario qui limite à 450 ppm, soit à 2° le réchauffement climatique – ce qui est l’objectif de l’Europe- que faut-il  faire en termes d’émissions de gaz à effet de serre ?

graphique 1 (source : GIEC 2007) : l’augmentation de CO2

graphique 2  (source : GIEC 2007) : évolutions climatiques récentes

graphique 3 (source : GIEC 2007) : Projections du réchauffement global en surface 1900-2099

3 graphiques illustrés par David Salas Y Melia

Que faire pour limiter à 2° le réchauffement climatique ?

Là commencent les négociations. Un objectif souhaitable pour la conférence de Copenhague était  de réduire de 20% les émissions pour 2020 et de les diviser à peu près par deux pour 2050 au niveau mondial. Tandis que certains pays comme les Etats-Unis n’affichaient pas la même ambition, certains pays européens ont souhaité en faire plus. En particulier, les objectifs de la France et de l’Afrique, affichés le 15 décembre 2009, étaient de diviser les émissions de CO2 par cinq pour les pays industrialisées à l’horizon 2050 par rapport à 1990, et d’inciter les pays en développement à adopter une croissance à faible contenu en carbone, ceux-ci ne pouvant consentir aux mêmes efforts.

Toutefois, stabiliser les concentrations de CO2 ne suffira pas à inverser les tendances climatiques en cours. En effet, l’inertie de la machine climatique planétaire est très grande. De même que plus une voiture roule vite, plus il lui est difficile de négocier un virage, on peut affirmer qu’un climat sera d’autant plus difficile à stabiliser qu’il a été modifié. Ainsi, la température et le niveau des  océans vont continuer à augmenter,  le volume des calottes groenlandaise et antarctique qui ont mis des milliers d’années à se constituer va diminuer. Nous sommes face à des problèmes qui vont durer potentiellement des milliers d’années. Mais nous pouvons encore agir sur l’intensité de ces changements en adaptant les efforts auxquels nous pouvons consentir à nos objectifs climatiques. C’était l’enjeu de Copenhague et cela reste celui des sommets qui suivront.

évolution_CO2